Le marché mondial de la robotique humanoïde s’apprête à connaître une explosion fulgurante : il pourrait passer de 6,24 milliards de dollars en 2026 à plus de 165 milliards d’ici 2034, affichant une croissance annuelle exceptionnelle de plus de 50 %, selon une étude de Fortune

Nous assistons à une mutation industrielle qui s’annonce aussi profonde que celle de l’automobile. Mais au-delà de la prouesse technologique, une véritable guerre économique se joue. 

Le secteur commence désormais à se structurer, voyant apparaître ses premières applications concrètes dans le monde professionnel et, de manière plus limitée, auprès du grand public.

Alors, qui sont les acteurs les mieux placés pour tirer profit de cette révolution historique ?

Sans surprise, le marché mondial est marqué par une rivalité directe entre les constructeurs américains et chinois, qui s’affrontent pour dominer le secteur de la robotique.

Côté américain, Tesla continue de dominer le marché avec des ambitions démesurées. Après les voitures électriques et l’IA, Elon Musk positionne désormais les robots humanoïdes comme le nouveau pilier de sa stratégie de croissance et amorcer la prochaine révolution industrielle! 

Elon Musk souhaite lancer une production de masse et évoque la fabrication d’un million de robots « Optimus » par an, allant jusqu’à réaménager ses usines automobiles pour s’y préparer. 

Face à lui, la start-up Agility adopte une approche plus réaliste avec sa nouvelle usine RoboFab (visant 10 000 robots par an), tandis que ses concurrents, comme Boston Dynamics ou Figure AI consolident également leur positionnement.

Côté chinois, le gouvernement a fait de la robotique une priorité stratégique. Des entreprises comme Unitree, AgiBot et UBTech qui se placent parmi les principaux acteurs chinois, et qui sont massivement soutenus par ce dernier,  misent sur la démocratisation rapide en proposant des modèles accessibles, passant sous la barre des 15 000 euros.

Elles innovent également dans leurs offres en proposant du Robot-as-a-Service (RaaS), permettant de louer un robot à la journée pour des événements, ou autres services ouvrant ainsi la voie au marché des particuliers. 

Un cas concret: Un utilisateur chinois a ainsi récemment loué un robot pour faire sa demande en mariage. Ce qui montre que la demande existe et qu’elle pourrait éventuellement exploser. 

Mais le marché ne se limite pas pour autant à ces deux grands acteurs que sont la Chine et les États-Unis. D’autres puissances technologiques historiques imposent leur savoir-faire : le Japon (SoftBank Robotics, Honda, Toyota…), ou encore la Corée du Sud (Rainbow Robotics, Hyundai Robotics…), comptent également parmi les principaux fabricants de robots humanoïdes. 

Et l’Europe dans tout ça ? Elle n’est pas en reste ! La start-up norvégienne 1X Technologies se concentre sur les usages domestiques, tandis que la pépite française Enchanted Tools se démarque avec ses robots Mirokaï conçus pour les interactions humaines, notamment dans les environnements de soins. L’Espagne et le Royaume-Unis viennent compléter ce paysage avec des positionnements plus spécialisés. Respectivement PAL Robotics qui se distingue par ses plateformes de recherche avancées en agilité, tandis que Engineered Arts s’impose comme le leader mondial de l’hyperréalisme et de l’expression faciale. 

Si cette course technologique se joue désormais à l’échelle mondiale, faisant de cette industrie un enjeu partagé par toutes les grandes puissances; Les véritables grands gagnants de ce marché émergent pourraient bien ne pas être les fabricants de carrosseries, mais les géants de logiciels IA et des composants de puces. 

Le développement du marché de la robotique humanoïde s’accompagne en effet de la structuration d’un écosystème technologique complet.

À l’image de l’industrie informatique, un robot sans système d’exploitation n’est ‘est qu’un corps sans cerveau. Pour évoluer dans le monde physique, ils ont besoin de modèles VLA (Vision-Language-Action)

À ce jeu-là, les « Gafam » ( sans surprises) sont déjà dans les starting-blocks, devraient ainsi figurer parmi les principaux bénéficiaires de ce marché encore émergent! 

Nvidia s’impose comme un acteur fondamental de la robotique humanoïde avec son initiative Isaac GR00T, ses puces Jetson et ses supercalculateurs dédiés à l’entraînement des robots. 

Simultanément, Google DeepMind s’associe à Boston Dynamics pour intégrer son modèle d’IA Gemini au robot Atlas, lui permettant de planifier ses actions, de s’adapter à de nouveaux objets et d’apprendre de ses erreurs.

Il fournit également le software du robot Apollo d’Apptronik, qui peut accomplir des missions sur simple commande vocale. 

Intel, Qualcomm ou encore Microsoft sont d’autres acteurs majeurs de cette révolution de la robotique humanoïde. Tandis que les deux premiers fournissent la puissance de calcul brute (les puces), Microsoft déploie l’infrastructure logicielle nécessaire à l’industrie. 

Sa plateforme Microsoft Fabric, ainsi que ses services Azure (IoT Operations et App Service), sont ainsi déjà exploités par le fabricant Hexagon pour piloter son robot industriel AEON, capable de détecter des défauts de production en temps réel. Au-delà de ses outils logiciels, Microsoft mise également sur l’investissement direct, notamment auprès de la start-up Figure, spécialisée dans les robots humanoïdes.

Cette dynamique attire aussi OpenAI, qui signe un grand retour dans le secteur. Après avoir suspendu ses recherches en 2021, trois ans après développé un système capable de résoudre un Rubik’s Cube à l’aide d’une main robotisée, l’entreprise est de nouveau dans la course en créant un laboratoire spécialisé et se voit dans un processus de recrutement massif d’experts. Parallèlement à ses travaux internes, OpenAI renforce ses positions en investissant, aux côtés de Microsoft, dans les start-up Figure et 1X Technologies pour intégrer l’intelligence artificielle au cœur de la mécanique. 

Face à cette concurrence mondiale, la France dispose tout de même d’atouts majeurs pour devenir un acteur de premier plan dans ce domaine! 

Merci les licornes françaises Mistral AI et AMI Labs qui l’une travaille sur des modèles capables d’agir de manière autonome, ouvrant la voie à une convergence directe avec le monde de la robotique; tandis que l’autre a levé plus d’un milliard de dollars pour concevoir des « world models » capables de comprendre et simuler le monde physique pour alimenter le cerveau des futurs robots. 

Et parce que les robots humanoïdes sont conçus pour s’identifier au plus proche des humains, il manque encore une partie à cet écosystème, qui occupe une place centrale :ce sont bien entendus les industriels qui fabriquent les différents composants du corps, les sens des robots ! 

Sony fournit les caméras permettant aux humanoïdes de voir, Panasonic et LG produisent les batteries, tandis que les spécialistes japonais comme Harmonic Drive et les chinois Leaderdrive fabriquent les pièces de transmission garantissant la précision des mouvements.

Ce secteur va également voir émerger tout un écosystème de services, allant des assurances spécialisées à la maintenance technique, en passant par l’intégration de solutions ou encore la formation des opérateurs. 

Cette révolution robotique fera donc émerger une génération de nouveaux métiers. 

Avec des prévisions estimant à 3 milliards le nombre de robots humanoïdes dans le monde d’ici 2060, soit le double du nombre de voitures attendu, (selon une étude récente de BofA Global Research), la course technologique du siècle est officiellement lancée !